08 septembre 2016

Jeunes bénévoles, la parole est à vous !

"La valeur n'attend pas le nombre des années", nous dit ce dicton

C'est vrai, les statistiques et les études le montrent, les jeunes sont de plus en plus nombreux à s'engager pour une cause, pour aider les plus démunis et confirmer ainsi que la société civile est porteuse d'espoirs....

Afin de valoriser l'apport des jeunes dans le monde associatif, l'association TOUS BENEVOLES (ex Espace Bénévolat) organise cette année pour la sixième fois, un concours s'adressant aux jeunes de 15 à 25 ans engagés dans l'action bénévole en leur demandant de présenter leur action et de témoigner en délivrant un message à d'autres jeunes ou moins jeunes, "qui donne envie d'agir".

Les dossiers (manuscrit accompagné d'illustrations : photos, dessins, BD, vidéos, enregistrements audio...)  doivent être déposés jusqu'au 8 novembre prochain sur le site du prix Jeune Bénévole après validation de l'association dans laquelle intervient le jeune candidat.

Vous avez entre 15 et 25 ans ? vous avez une activité bénévole au sein d.une association? ? vous êtes passionné et voulez partager votre enthousiasme ? vous connaissez un jeune bénévole qui répond à ces critères ? 

Alors courez vite sur le site spécialement dédié au prix, qui vous expliquera la marche à suivre.

25 août 2016

Le monde associatif et bénévole en France et aux Etats-Unis : deux idéologies ?

Si l’on examine quelques éléments de littérature comparative sur la question, deux courants de pensée semblent se dégager.
D’un côté ceux qui considèrent que le bénévolat et l’engagement associatif s’opposent au modèle américain basé sur la prédominance du tiers-secteur (associations….) et de la société civile sur l’Etat, avec une référence centrale au philosophe politique français Alexis de Tocqueville qui a décrit et analysé le fonctionnement de la démocratie américaine qui laisse une grande place à l’initiative privée, le modèle français se référant au contraire à la conception d’un « Etat providence » prenant en charge les besoins des citoyens.

D’un autre côté, certains pensent au contraire que cette différence est toute relative et  que l’évolution contemporaine (crise économique et financière) rapproche de toute manière le tiers-secteur français du modèle américain.

Ce débat n’est pas seulement d’ordre académique car en France la crise induit chez certains la crainte que le recours au bénévolat ne soit une manière non avouée de substituer les associations à l’Etat Providence dans certaines de ses prérogatives. Le rejet du « communautarisme » prédispose à une méfiance envers le modèle d’engagement américain faisant une large place aux communautés.

L’idée qu’il existe deux modèles américains et français bien différents se cristallise autour de la référence à Alexis de Tocqueville qui a étudié la démocratie américaine ainsi que les institutions nées de la Révolution française, mais emprunte aussi à nos histoires respectives.

Ainsi, selon Maud Simonet, auteure de « Le travail bénévole, engagement citoyen ou travail gratuit ? » qui fait à cette occasion une étude comparative sur le bénévolat en France et aux Etats-Unis, Tocqueville est constamment invoqué par les chercheurs, mais aussi les responsables associatifs et les politiques américains. Cette référence est, selon elle, à l’origine de la description de l’Amérique comme une « nation d’associés » où le bénévolat se développerait de façon « spontanée » dans l’espace laissé libre par l’État, dans un rapport de substitution avec lui dans la mesure où la pratique bénévole serait indépendante, d’origine privée et a-étatique. Les groupes bénévoles « surgiraient spontanément »,  afin de prendre en charge un problème en dehors des politiques.

Cette référence à  Tocqueville est reprise aussi par des américanistes, chercheurs mais aussi politiques français pour opposer des modèles français et américains de bénévolat. Alors qu’aux Etats-Unis la pratique bénévole serait « développée, reconnue, valorisée » parce que partie intégrante de la tradition démocratique, elle-même liée au principe de liberté individuelle et de  méfiance à l’égard de l’Etat qui ont sous-tendu la détermination des « pères fondateurs » pour une société plus libre, la France serait un contre-modèle avec une pratique bénévole peu reconnue, peu encouragée et ne s’intégrant pas véritablement dans une culture politique faite de fort recours à l’État. Mais il est vrai que la Révolution française et l’apparition de l’État Providence de type universaliste n’ont pas forcément favorisé le secteur philanthropique. La Révolution en effet a perçu celui-ci comme une influence extérieure qui venait s’interposer entre l'Etat et le citoyen et s’est employée à réduire les corps intermédiaires (corporations..) dont il fallait se méfier par crainte d’un contre-pouvoir, ne reconnaissant de rôle représentatif qu’à l’État. Quant à la fourniture de services sociaux par le tiers-secteur elle était, jusqu’à une certaine période au moins, très dépendante de l’État Providence financièrement et en matière de tutelle.

Si l’on considère les liens entre les pouvoirs publics et le monde associatif, de notables différences se dégagent entre les exemples américains et français qui ne manquent pas d’interpeller la culture politique française.

En France, l’idée que les associations puissent suppléer l’Etat Providence face aux limites financières qu’il rencontre, ne va pas sans provoquer des débats. Le 5 février 2016, le Conseil départemental du Haut-Rhin approuvait« "le principe d'instaurer un dispositif de service individuel bénévole que pourraient effectuer les  bénéficiaires du RSA" en exigeant d’eux d’effectuer 7 heures de bénévolat par semaine. Il s’agissait, selon son président Eric Straumann de  « faire passer les allocataires du statut d’usager à celui de bénévole actif et reconnu". Mais la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine a réagi en affirmant « qu’il n’est pas possible de conditionner le versement du RSA à l’exercice du bénévolat" et que « les devoirs liés à l’obtention d’une allocation sont définis nationalement ».

S’agit-il d’une tentative de « remise au travail des citoyens » via le volontariat et le bénévolat comme le pense Simonet qui considère qu’en France comme en Amérique, l’Etat utilise l’engagement associatif pour servir ses objectifs en matière de politique d’emploi sous couvert d’appel à la citoyenneté ? En Amérique, l’encouragement du bénévolat et du volontariat pour lutter contre le chômage ou d’autres problèmes sociaux est plus courant et se matérialise au travers de programmes tout à fait publics comme celui de la Corporation for National Service, l’AmeriCorps  ou le Citizen Corps qu’avait créé le président Georges W. Bush pour aider à réformer le système éducatif. En France, la promotion, par l’Etat, du volontariat des jeunes au travers de contrats faiblement rémunérés (Service civique ou autres….) fait poser à certains la question de savoir s’il ne s’agit pas là d’introduire des formes de travail sous-payées ou gratuites pour atténuer le coût financier de l’Etat providence ou masquer son échec en matière de lutte contre le chômage des jeunes

Un autre point à signaler est celui du caractère largement communautaire du bénévolat américain coexistant pleinement avec les formes d’engagement s’adressant à la société dans son ensemble sans que cela ne pose de graves problèmes de principes à la représentation que l’Amérique se fait d’elle-même en terme de citoyenneté. De fait, des communautés se construisent facilement aux Etats-Unis  souvent sur une base religieuse ou ethnique, qui vise le développement social, politique, culturel et économique du groupe en question, en insistant sur la responsabilité des membres

La culture française, en revanche, est très suspicieuse envers le « communautarisme » considéré par certains comme une restriction de la citoyenneté ou tout du moins un frein. Question particulièrement sensible aujourd’hui dans l’hexagone face aux problèmes d’intégration , entraînant la peur d’une segmentation de « l’unité nationale » dans des communautés particulières se réclamant de valeurs spécifiques.           
        
Mais selon certains cette différence entre deux modèles est toute relative et la question se pose aussi de savoir si la norme française d’associations ne se rapprocherait pas de la norme américaine particulièrement du fait de la crise de l’Etat providence 

Selon Maud Simonet toujours, cette opposition entre la France et les Etats-Unis suivant une lecture tocquevillienne qui ferait du bénévolat américain une émanation purement « spontanée » de la société civile est tout à fait critiquable et illusoire dans la mesure où il serait, aussi bien en Amérique qu’en France, fortement encouragé par l’État. Et il est vrai que de Herbert Hoover, dans les années 1920 à Bill Clinton, nombreux sont les présidents américains et d’autres responsables politiques qui ont publiquement appelé à l’engagement bénévole au nom d’une norme morale communautaire et citoyenne. En France, c’est sur le devoir d’utilité sociale que les pouvoirs publics interpellent les citoyens et cela explique, selon Simonet, 25 ans de rapports entre les pouvoirs publics et les associations pour la tentative d’élaboration d’une reconnaissance d’utilité sociale pour ces dernières. Reconnaissance attribuée par l’État.

Mais au-delà des oppositions théoriques, ne serait-ce pas à un rapprochement des normes françaises de gestion associative et bénévole sur les normes américaines auquel on assisterait ? En effet comme le souligne le Rapport de l’OCDE de 2003 « Le secteur à but non lucratif dans une économie en mutation », la crise des systèmes européens de protection sociale a entraîné depuis les années 1970 un regain d’intérêt envers les organismes du tiers-secteur et une mutation de leur gestion. Et cette mutation ressemble bien à un changement des modes d’organisations traditionnels des associations vers un fonctionnement plus « américain » si l’on veut bien considérer que le bénévolat se professionnalise, que les associations adoptent des modes de gestions inspirés en partie de l’entreprise privée avec un souci d’efficacité, d’innovation et que la baisse des financements publics les incitent à adopter une certaine démarche marketing dans leur collecte de dons privés. 

Au reste, si l’on en croit Olivier Zunz, américaniste et auteur de « la philanthropie en Amérique », c’est depuis le XIXème siècle, sous l’impulsion de philanthropes fortunés que les organisations sans but lucratif se sont inspirées de mode de gestion conforme à ceux de l’entreprise privée capitaliste classique avec un souci d’efficacité autant qu’un souci caritatif.  En France, ce rapprochement des modes de management est beaucoup plus récent, et, de ce point de vue, on peut parler d’une convergence des modes de gestion des associations françaises et américaines.

Mais si les modes de gestion se rejoignent, cela ne signifie pas, actuellement, un rapprochement idéologique. L’Etat-Providence est encore largement invoqué en France à l’occasion des grands débats, lorsqu’il est question de « privatiser » certains secteurs au sein des institutions d’enseignement, de santé, etc…
Aux Etats-Unis, à l’inverse, on se souvient de l’extrême difficulté à faire voter l’ « Obamacare » pour faire adopter une prise en charge par l’Etat d’un minimum de protection sociale pour le plus démunis.

Un mot, enfin, sur le regard porté par les sociétés américaine et française, sur le bénévolat et le volontariat

Alors qu’il est impensable pour un jeune américain de présenter un CV sans mention d’une activité bénévole, les recruteurs français ont été pendant longtemps réticents, et le sont encore pour une large part, estimant que le candidat pourrait avoir d’autres intérêts que l’objectif de l’entreprise et risquerait d’être moins disponible. Là  aussi, les choses évoluent, certaines grandes écoles valorisent le bénévolat dans le dossier d’admission et les entreprises commencent à admettre et reconnaître l’enrichissement en compétences que peut représenter une activité bénévole.



                                                                                      Bernard Grozelier        

10 juillet 2016

Bénévoles auprès de migrants...les femmes doivent-elles adopter une attitude vestimentaire "de bon aloi" ?

Au hasard de lectures sur le net, une information intéressante à propos d'une association (Utopia56) qui vient en aide aux migrants à Calais et à Grande Synthe.

Elle vient de faire parler d'elle à l'occasion de récriminations de bénévoles, choquées par les termes du statut auquel chaque bénévole se doit d'adhérer. On trouve en effet une disposition surprenante relative à la tenue vestimentaire :

"Les réfugiés  viennent de pays lointains et  il est important de tenir compte des différences culturelles.
Pour les femmes, notamment, il est fortement conseillé de ne pas mettre de vêtements trop courts,  décolletés, hauts sans manche, sous-vêtements apparents etc."

Et dans un message adressé aux bénévoles :
« Les femmes doivent veiller à avoir des vêtements amples, longs (pas de tshirt courts, ni jupes, ni shorts) sans décolletés et couvrant bien les épaules (pas de débardeurs)".

Dans un échange de mails entre des bénévoles (femmes) et l'association, celle-ci a précisé que :
"La majorité de la population du camp est masculine. Ce sont des hommes qui sont depuis des mois sur la route, et c’est ce point qui nous pousse à vous avertir, et non la religion". Autrement dit, ne vous exposez pas à la misère sexuelle des migrants, et pour aller plus loin, ne les provoquez pas ! Si vous êtes agressées, vous en porterez la responsabilité ! De quoi alimenter un vaste débat chez les féministes.

Ce qui est probablement choquant, en effet, et qui plus est pour une association dite "de gauche", c'est d'inscrire dans le statut, une disposition ayant donc force d'engagement de la part des bénévoles féminines.

A propos des violences faites aux femmes et des débats qui ont eu lieu en France tout récemment, il a été réaffirmé que les femmes n'avaient pas à adopter une attitude vestimentaire de nature à empêcher toute agression sexuelle, et que dans aucun cas, quelle que soit leur tenue vestimentaire, elles ne sauraient être tenues pour responsables alors qu'elles sont les victimes en cas d'agression. "Non c'est non" vient de dire l'Allemagne qui vient de voter une loi qui étend la notion de viol...

Alors, face à la situation créée dans les camps de migrants, ne peut-on pas laisser aux femmes le soin de juger elles-mêmes l'attitude qui convient, et, pour reprendre l'expression d'une internaute : "franchement est-il possible de sortir de l’idéologie pour être un peu pragmatique?"

Ou bien, convient-il d'adhérer à la position d'une autre internaute qui déclare :
"Respecter la différence culturelle ? Je pense que respecter la différence culturelle ne veut pas dire agir de la même façon. De mon côté, je m’engage à n’obliger aucune femme kurde à se mettre en mini jupe, même si c’est une tenue tout à fait respectable en France"

Simple débat féministe ? Ce qui serait impensable dans une entreprise et provoquerait des réactions syndicales, l'est davantage lorsqu'il s'agit d'une association.

Plus généralement, débat sur les limites à l'action bénévole ? On peut citer à cette occasion la problématique rencontrée parfois par les écrivains publics quand il leur est demandé, afin d'obtenir une aide, de rapporter dans un écrit des informations visiblement fausses.

Cette "adaptation à la différence culturelle" peut parfois nous emmener très loin si l'on poursuit la réflexion....

08 juin 2016

Bénévolat, bonheur, santé, longévité : une corrélation ? Des réponses scientifiques.


L’idée d’associer l’engagement envers une juste cause à l’épanouissement individuel et la santé est une idée assez récente qui s’inscrit bien dans l’air du temps mais qui est aussi prise très au sérieux par la science, si l’on en croit l’important développement d’un champ scientifique qui étudie, depuis une trentaine d’années, les corrélations entre attitudes et engagements altruistes, bien-être, santé et longévité et parmi lesquelles s’inscrivent les études sur les effets bénéfiques du bénévolat. "Faites-vous du bien à vous même en faisant du bien aux autres",semblerait dire ce nouveau domaine d’investigation scientifique. Un phénomène que l’on peut considérer comme particulièrement intéressant, si l’on veut bien considérer que les justifications en faveur de l’engagement relevaient auparavant plutôt d’affirmations normatives telles que le primat du collectif sur l’individu, le devoir moral et un certain esprit de sacrifice au nom de « l’intérêt supérieur » de la cause défendue. Ce nouveau champ d’intérêt de la science pourrait bien constituer une argumentation en faveur du bénévolat assez novatrice finalement ? Quel est ce champ scientifique et que disent ces études ?
Le contexte dans lequel se sont développées ces études

Pour le comprendre, il convient de préciser rapidement qu’elles s’inscrivent dans le cadre d’importants changements de paradigmes qui se sont produits récemment dans différentes disciplines scientifiques telles que l’éthologie, les neurosciences, et, dans les sciences sociales, la psychologie et même certains courants de l’économie ! Alors que ces disciplines avaient jusqu’ici mis en avant des valeurs individualistes, de compétition et de croyance en la sélection naturelle comme moteur unique de l’évolution, la révolution dans ces sciences a consisté à tourner le regard vers l’importance de la coopération, des comportements pro-sociaux, de l’empathie, des attitudes altruistes et de montrer leurs effets bénéfiques au niveau de l’individu, de la collectivité et de l’évolution de l’espèce. Et ceci, sans même compter la nécessité absolue de nouvelles attitudes sur le devenir de la Terre ! Ainsi, la théorie de l’évolution a montré comment la coopération au sein des espèces est beaucoup plus efficace que la lutte, si l’on en croit des auteurs comme Joan Roughgarden et Thierry Hoquet, auteurs du « gêne généreux : pour un darwinisme coopératif » ; la psychologie a montré, depuis les années 2000, l’importance de l’empathie et des attitudes prosociales pour la croissance personnelle de l’individu et même la « science économique » commence à relativiser l’idée que l’enrichissement matériel serait la seule source de bonheur, à travers des études empiriques qui ont montré qu’au-delà d’un certain niveau, l’accroissement du revenu n’est plus source de bien-être et que ce sont les liens sociaux qui apportent le plus.
Ce que disent les études et enquêtes sur les effets personnels du bénévolat pour la personne qui aide

La « psychologie positive », branche de la psychologie expérimentale s’est particulièrement intéressée aux effets du bénévolat en termes de bien-être, d’épanouissement personnel, et de santé mentale et même physique. Dans son ouvrage, « la psychologie positive », Rébecca Shankland, l’une des pionnières de la discipline présente un certain nombre d’enquêtes sur le sujet. Ainsi, des chercheurs en psychologie sociale ont montré que l’implication associative contribuait à « réduire la souffrance psychique et les effets négatifs des situations stressantes » et « augmentait le bien-être physique et psychique ». Certains parlent même de « shoot de l’aidant » pour désigner cette augmentation des affects positifs et de la satisfaction par rapport à la vie qu’apporte l’engagement envers autrui. Cela concerne d’ailleurs toutes les tranches d’âge car des recherches expérimentales ont montré que les adolescents altruistes présentaient moins de risques de dépression et de suicide que les autres et l’altruisme répété aurait, selon d’autre chercheurs cités par Shankland, un impact positif sur la santé physique et mentale visible encore 50 ans plus tard ! Tandis que chez la personne âgée, d’autres chercheurs ont montré que l’implication bénévole leur apportait une satisfaction par rapport à leur vie actuelle et un désir de vivre plus élevés que les individus de groupes témoins. Avec de surcroît une longévité plus importante.
Et les bénéfices concernent aussi la santé physique stricto sensu. Ainsi, une étude canadienne montre que faire du bénévolat réduit aussi les risques de maladies cardiovasculaires. La générosité ne réchauffe pas seulement le coeur, elle le protège aussi !, selon des chercheurs de l’Université de ColombieBritannique à Vancouver, dans une étude parue dans le Journal of the American Médical Association. Cette étude, faite sur des lycéens, a montré que les jeunes « plus généreux » présentaient un niveau de cholestérol plus bas, moins de graisse en plus des bienfaits purement psychiques.

Comment expliquer ces impacts du bénévolat sur la santé, qu’elle soit mentale ou physique ?
Concernant les maladies physiques telles que la tension artérielle le lien est indirect. Ainsi, selon Rodlescia Sheed, professeur de psychologie à l’Université Carnegie Mellon, « le fait d’avoir des relations sociales réduit le stress et augmente l’estime de soi. Deux facteurs déterminants pour lutter contre certaines pathologies ». « Le bénévolat pourrait être un moyen efficace de réduire la tension artérielle tout en évitant de passer par les médicaments » déclarent certains chercheurs.
Bien sûr, les effets paraissent plus faciles à expliquer sur le bien-être et la santé mentale. Les comportements pro sociaux en général sont souvent synonymes de réduction des conduites à risques, de construction de liens plus solides entre les individus, d’amélioration de l’estime de soi, de sentiment d’utilité ou de meilleur sens donné à sa vie.
Un certain nombre d’auteurs ont tenté de fournir des explications théoriques à ce lien bonheur/engagement. Ainsi Jacques Lecomte, psychologue, auteur de « Donner un sens à sa vie », considère que si une part du bonheur relève de l’hédonisme, la quête de plaisir, une autre part, celle liée à l’engagement, relève de « l’eudemonia », terme qu’il emprunte à Aristote qui entendait par là une « vie réussie » et axée sur la vertu. Selon Lecomte, le bonheur lié à ce type d’action (l’engagement) relève de « l’eudémonisme », qu’il oppose au bonheur hédoniste, selon lui plus fragile car trop dépendant des conditions extérieures. Dans le même esprit, une étude menée notamment par le moine bouddhiste Matthieu Ricard parue dans la Review of general psychology en 2011, oppose un modèle de bonheur durable qui serait basé sur le fonctionnement d’un « soi-décentré » donnant une place importante à autrui, à un bonheur « soi-centré » correspondant à la maximisation du plaisir et qui serait beaucoup plus instable car trop dépendant du contexte et des aléas de la vie.
Enfin, la meilleure qualité des relations sociales, l’impression de mieux contrôler sa vie et l’amélioration de l’estime de soi sont aussi des sources de réduction du stress, de l’anxiété et de la dépression engrangées par le fait d’apporter de l’aide aux autres. Ainsi que, élément particulièrement important, la motivation intrinsèque pour l’action !
       Mais est-ce à dire que l’altruisme et l’engagement se réduisent à une question de bien-être ?
CC    Cela reviendrait à dire qu’in fine, ils ne feraient qu' obéir à des motivations très égocentriques ! Il n’en est rien pour Matthieu Ricard car selon lui, ce type d’effets décrits ne sont que des sous-produits secondaires de l’engagement altruiste et n’excluent nullement la part importante de désintérêt et de motivation pour le bien des personnes que l’on aide. Au reste, les études semblent montrer que ces bienfaits apparaissent surtout si l’on a une motivation intrinsèque pour l’action et un réel souci  altruiste pour la personne que l’on aide indépendamment de notre bien propre.
Ainsi, si on veut engranger des bienfaits personnels à l’engagement bénévole, mieux vaut être sincère dans sa démarche. On peut imaginer qu’un égoïste qui déciderait de s’engager car il aurait entendu parler de ces bénéfices ne verrait rien se produire chez lui d'où l'intérêt d'être authentiquement altruiste !
                                                            Bernard Grozelier

29 mai 2016

Des congés pour exercer une activité bénévole. Rappel.

On l'oublie parfois, les salariés et les agents publics disposent de certains droits à congé afin de faciliter leurs activités bénévoles. Il est bon de les rappeler.


Le congé de formation économique, sociale et syndicale

Ce congé, d'une durée maximale de 12 jours ouvrables par an, permet à tout salarié ou agent public de participer à des sessions de formation  à l'exercice de fonctions syndicales. Dans le privé, sont concernés tous les salariés, sans condition d’ancienneté. Pour eux, le contrat de travail est suspendu, mais la durée du congé est assimilée à une période de travail effectif, ce qui conserve les droits aux prestations sociales et familiales. Pour les agents publics, le traitement est intégralement maintenu.
La demande est adressée au moins un mois avant le début du stage. Pour les agents publics, une non réponse vaut acceptation.

Le congé de formation de cadres et d’animateurs pour la jeunesse

Les salariés ou agents publics âgés de moins de 25 ans peuvent bénéficier d'un congé de formation afin de participer aux activités d'organisations sportives, de jeunesse et d'éducation populaire. La durée est de 6 jours par an fractionnable. La demande doit se faire au moins 30 jours avant le début de la formation.
Dans le privé, l’employeur peut refuser d'accorder le congé en fonction du nombre de salariés déjà bénéficiaires dans l'année en cours ou si l'absence du salarié se révèle préjudiciable à l'entreprise. Dans le public, le congé est de droit, hors nécessités du service. Le contrat de travail est maintenu pendant le congé, mais la rémunération suspendue. Il est possible de cumuler ce congé avec le congé de formation économique, sociale et syndicale, dans la limite de 12 jours par an.

Le congé de représentation

Ce congé est d'une durée maximale de 9 jours par an (fractionnables en demi-journées) afin de permettre aux salariés ou agents publics bénévoles de représenter une association dans une association dans une commission ou une instance publique.
La demande doit être formulée par écrit au moins 15 jours en amont de chaque réunion. La décision doit être communiquée dans les 4 jours. Pendant le congé, le statut est maintenu, avec assimilation à une période de travail effectif. Le salarié reçoit une indemnité de 7,1 euros par heure non rémunérée.
Dans le public, le traitement est intégralement conservé.

Le congé de solidarité internationale

Ce congé, d’une durée de 6 mois maximum, vise à permettre à tout salarié du privé disposant de 12 mois d’ancienneté, consécutifs ou non, de participer à une mission d'entraide hors de France, dans une association à objet humanitaire.

L'employeur doit être informé au moins un mois à l'avance. En cas d'urgence, un congé d'une durée maximale de 6 semaines peut être sollicité, sous préavis de 48 heures. S’il refuse, l’employeur doit le faire, en motivant son refus, par lettre recommandée dans un délai de 15 jours. Pendant le congé, contrat de travail et rémunération sont suspendus, mais le statut est maintenu, avec obligation de réintégration à l’emploi antérieur au retour.

                                   Le congé solidaire

Le congé solidaire résulte d’un accord entre l’association Planète Urgence et le Ministère des Affaire Etrangères. D’une durée de 2 à 4 semaines, il vise à permettre à tout salarié ou agent public de participer à un projet d’aide au développement dans un pays du Sud.
Le salarié ou agent public effectue un don de temps sur ses congés et/ou RTT annuels. S’il le souhaite, l’employeur peut participer en finançant la mission, ce qui est relativement fréquent et qui entre alors dans le cadre d’une action de mécénat


Il faut encore signaler le congé sabbatique d'une durée de 6 à 11 mois ouvert à tout salarié du secteur privé (moyennant une ancienneté d'au moins 36 mois) désireux de mener un projet personnel.

Notons enfin que certains de ces congés devraient être remodelés dans le cadre de l'"engagement  citoyen" prévu par le projet de loi "Egalité et citoyenneté"

Pour en savoir plus




22 mai 2016

Importance et poids du monde associatif, les chiffres

Une récente enquête de l'INSEE, portant sur l'année 2013, nous confirme
l'importance et le poids du monde associatif dont les ressources s'élèvent à 104 milliards d'euros, et nous renseignent sur leur fonctionnement, en distinguant selon que les associations emploient ou non des salariés, ce qui rend l'étude intéressante.

La France compte 1,3 millions d'associations, la plupart faisant appel au bénévolat.

Quatre grandes activités concentrent le gros du monde associatif. Le sport, où se déploient  307.500 associations, les loisirs, le divertissement, la vie sociale (281.000), la culture et les activités artistiques  (237.000) et la défense des causes et des intérêts particuliers (217.000).

Quelques éléments significatifs :

Ressources humaines
Les bénévoles : Selon l'INSEE, «en 2013, le nombre de participations bénévoles s’élève à 23 millions, dont 21% dans les associations employeuses, un même bénévole pouvant participer à l’activité de plusieurs associations».  Au total, ces participations correspondent à 680.000 emplois en équivalent temps plein, un même bénévole pouvant participer à plusieurs associations

Les salariés ne sont présents que dans 12% des associations (soit 161.000 associations)mais ils représentent 1,9 millions d'emplois, un même salarié pouvant occuper plusieurs emplois. Il faut compter dans ce chiffre les intérimaires et des volontaires du service civique (4% des associations employeuses), les stagiaires (17%) et des personnels mis à disposition par d'autres organismes publics ou privés (13%)
Ils représentent 7% de l'emploi salarié en équivalent plein temps

Ressources financières
Sur 104 milliards, 90% des ressources financières sont concentrées dans les associations employeuses (94 milliards)

Les cotisations des adhérents représentent 8% du budget des associations employeuses, et 35% des associations non employeuses.
Les subventions publiques représentent un part plus importante dans le budget des associations employeuses que dans celui des associations non employeuses qui bénéficient davantage de mécénat et de dons.
Quant aux recettes d'activités (publiques et privées), les associations employeuses sont très largement concernées.

Plus de la moitié des associations bénéficient d'avantages en nature.... 
           
Pour en savoir plus, se reporter à  L'enquête commentée

29 avril 2016

"Egalité et citoyenneté", un projet de loi prometteur ?

Un projet de loi intitulé « égalité et citoyenneté » vient d’être présenté en Conseil des ministres le 13 avril dernier. Il veut répondre à « l’apartheid territorial, social et ethnique » selon la formule choc de Manuel Valls au lendemain des attentats de janvier 2015. Il s’agit d’un texte qui entend lutter contre les fractures sociales qui sont apparues à la faveur de ces évènements dramatiques et que mettent aussi en évidence les récentes       mobilisations des jeunes en faveur de l’insertion.
Les trois titres du projet ("Citoyenneté et émancipation des jeunes" - "Mixité sociale et égalité des chances dans l'habitat" - "Pour l'égalité réelle") traduisent une réelle volonté du gouvernement en matière d'insertion.

Dans ce projet, plusieurs dispositions sont importantes pour l’engagement des jeunes, le bénévolat et les associations. En voici un court résumé en attendant une analyse plus approfondie lorsque la loi sera votée :

          • Il est créé un « congé d’engagement ». Ce congé de participation à la gouvernance associative de six jours, n’est pas rémunéré, peut être fractionné en demi-journées, est ouvert à tout salarié, fonctionnaire ou agent public afin de permettre de siéger, à titre bénévole, dans l’organe d’administration ou de direction d’une association. Il s’agit de favoriser l’exercice de responsabilités associatives et de faciliter leur conciliation avec la vie professionnelle.
Travailler moins pour s’engager plus en somme ! La mesure concernera les présidents, trésoriers, secrétaires, le cas échéant leurs adjoints mais aussi les membres des conseils d’administration. Ce congé sera réservé aux associations poursuivant un objectif d’intérêt général soit, malgré tout, deux tiers des quelques 1,3 millions d’associations françaises et environ 3 millions de personnes…           
          •  Le service civique est étendu à des organismes d’intérêt général. Sont ainsi concernés les sapeurs-pompiers, les organismes HLM ou les entreprises publiques détenues à 100% par l’Etat. Il s’agit en effet de multiplier les offres, conformément à une promesse de François Hollande qui souhaite généraliser ce dispositif adressé aux 16-25 ans.         
          • L’engagement citoyen des étudiants sera mieux reconnu avec la validation obligatoire, au sein des formations supérieures, des compétences et connaissances acquises dans le cadre d’une participation bénévole, d’un engagement dans la réserve opérationnelle de la défense ou d’un service civique.                  
          •  La réserve citoyenne, qui avait été lancée après les attentats de janvier dans l’Éducation nationale et la Défense, est généralisée, ce qui devrait permettra à tout citoyen de s’’engager bénévolement et ponctuellement au service de l’intérêt général pour répondre à des crises urgentes, telles que des catastrophes naturelles par exemple.

Quelques liens qui résument les principales dispositions de ce projet de loi :
http://www.europe1.fr/politique/les-principales-mesures-du-projet-de-loi-egalite-et-citoyennete-2718862

http://www.lefigaro.fr/politique/2016/04/11/01002-20160411ARTFIG00011-ce-que-prevoit-la-future-loi-egalite-et-citoyennete.php 

http://www.francetvinfo.fr/politique/service-civique-reserve-citoyenne-et-logements-sociaux-que-contient-le-projet-de-loi-egalite-et-citoyennete_1403125.html

Le texte intégral du projet de loi « égalité et citoyenneté »
http://www.assemblee-nationale.fr/14/projets/pl3679.asp 


                                                              Bernard Grozelier