17 février 2017

Prix Jeune Bénévole, ou les jeunes pousses du bénévolat


Le 30 janvier dernier, au CIDJ (Centre d’Information et de Documentation Jeunesse),  avait lieu la remise du prix Jeune Bénévole initié pour la sixième fois par l’association Tous Bénévoles, en présence de sa présidente, Isabelle Persoz, et des partenaires de l'opération.
Cette année, les cinq témoignages sélectionnés par le jury parmi les candidats qui avaient envoyé un dossier étaient des témoignages de jeunes femmes, laissant derrière elles, au diable la parité, leurs collègues masculins !
Elles ont raconté leur expérience de bénévole avec enthousiasme, désireuses de transmettre le bonheur qu’elles ont trouvé en s’engageant

Qui sont-elles ?                                                           

Elina, 17 ans, jeune ambassadrice de UNICEF France, mène diverses actions de sensibilisation aux droits des enfants et de collecte de fonds. En tant que Jeune ambassadrice, Elina a toute l'autonomie nécessaire pour élaborer ses projets.
« S'engager, à l'UNICEF dans mon cas, c'est se battre pour sensibiliser, collecter des fonds, améliorer la situation de l'enfance dans le monde. C'est porter et être porté par ses rêves de voir un peu plus, chaque jour, le monde auquel on aspire se dessiner. Et ce, pour que chaque goutte d'eau forme une rivière, que chaque projet s'unisse à la surface de la planète. Et toujours garder l'espoir.

Elina partira en séjour offert par France Nature Environnement

Anaïs, est en Service Civique à l' Association Prévention Routière . Elle mène des actions de prévention et de sensibilisation aux dangers de la route auprès de publics variés, des enfants aux personnes âgées.
« Il y a 5 ans, j’ai perdu une personne très importante pour moi dans un accident de la route dû à l’alcool et la vitesse. Alors la mission à la prévention routière m’a tout de suite interpellée. On intervient auprès de publics totalement différents.  A l’école, on accompagne les enfants dans leurs apprentissages : traverser la rue, attacher son casque à vélo »

Anaïs participera à un chantier international de bénévoles offerts par Etudes et Chantiers

Matilda a 13 ans, elle a créé sa propre association, « les Pérambulations de Matilda », pour soutenir les enfants hospitalisés en cancérologie. Elle leur a proposé de suivre le voyage qu’elle a effectué jusqu'en Laponie pour aller remettre les lettres des enfants au Père Noël, se transformant ainsi en messagère des lettres au père Noël.
« On a environ 30.000 jours à vivre, explorer, vibrer…A  Noël, je vais atteindre le cap des 5000. Mon rêve serait d’en partager quelques-uns à tenter de faire briller les yeux des enfants hospitalisés »

Matilda a choisi un séjour sportif de l’UCPA

Anne, 24 ans, de l'association Danse en Seine , a conduit le projet "Dansons les Amandiers" qui a permis aux enfants de cette école de découvrir la danse et la scène.
« Je suis passionnée par les arts et je me suis rendue compte, en fréquentant les établissements culturels, que la culture est chère et que certaines formes artistiques sont difficiles à approcher. Pour ces raisons, j’ai décidé de m’investir dans une association qui facilite l'accès aux œuvres artistiques ».

Anne participera à un chantier international de bénévoles offert par Jeunesse et reconstruction

Marthe, 19 ans, bénévole aux Petits Frères des Pauvres, consacre une partie de son temps libre à des personnes âgées et isolées, à qui elle rend visite régulièrement . Des moments d'échanges forts.
« C'est un univers particulier où règnent la bienveillance, la tendresse et le partage. Bref, une bulle d'oxygène ! Enfin, tout ça, ce ne sont que des mots limités qui n'explicitent qu'à peu près ce que signifie être bénévole dans cette association. Pour vraiment comprendre, il n'y a qu'une solution : y entrer! Alors lancez – vous ! »
Marthe effectuera un séjour dans une association en Allemagne, proposé par l’OFAJ (Office Franco Allemand pour la Jeunesse)


Je conseille vivement de lire les témoignages de ces lauréates dans leur intégralité


 Article écrit avec le concours de Pierre Colombel de l'association Tous Bénévoles

24 janvier 2017

Une année chasse l'autre....

Une année chasse l'autre.....
Est-ce à dire que celle que nous laissons est effacée, écrasée par celle qui arrive ? que les mauvais rêves sont derrière nous pour laisser la place aux souhaits que nous échangeons ?

Les vœux échangés sont, finalement, malgré leur formalisme et leur rituel, le signe que nous croyons instinctivement, encore, à des jours meilleurs et que l'être humain possède plus ou moins une certaine capacité de résilience....

L'année 2016 a été riche en évènements souvent violents ou inattendus, qui marquent et confirment un tournant dans le monde et la société que nous connaissons.

Une constatation s'impose désormais : pour la première fois depuis longtemps, les laissés pour compte, les plus démunis et les  plus déçus par les espoirs vains et les promesses non tenues ont fait entendre leurs voix par les urnes, entraînant un bouleversement au sein de l'"establishment" et parmi les élites.

Nous côtoyons désormais la misère et la guerre dont les images nous parviennent  et dont les populations migrantes nous portent témoignage.
En France, les valeurs et les principes républicains qui forment le socle de notre société sont menacés.

Tel est le constat fin 2016 !

L'année 2017 sera le témoin des conséquences probables de ces évènements (nouvelle présidence américaine, brexit, migrations...) et la France devra, quant à elle, se prononcer sur l'orientation qu'elle entend donner à son avenir.Les nombreux candidats à l'élection présidentielle nous offrent un panel de solutions d'avenir,  certaines réalistes, d'autres qui le sont moins....

Mais l'abattement n'est pas à l'ordre du jour si l'on en juge par  l'importance grandissante des actions de la société civile et du poids que représente le secteur associatif, un français sur deux faisant davantage confiance aux associations plutôt qu'aux pouvoirs publics pour gérer les urgences sociales !
Les chiffres les plus récents dénombrent 1,3 millions d'associations (67.000 crées chaque année en moyenne), dont le budget annuel total (85 milliards d'euros) représente 3,2% du PIB et qui emploient 1,8 millions de salariés (dont une enquête récente a souligné le bien-être au travail pour 80% d'entre eux), et 13 millions de bénévoles.
A noter aussi que 80% des structures de l'Economie Sociale et Solidaire (ESS) sont des associations.
Ajoutée à ces données réconfortantes, une  récente enquête sur les jeunes, réalisée par le CREDOC et l'Institut National de la Jeunesse et de l'Education Populaire (INJEP) à la demande du ministère de la jeunesse,  met en évidence leur défiance à l'égard des partis politiques et des syndicats au profit d'un réel intérêt pour la société et d'un engagement au sein d'associations, mais aussi de plus en plus sous des formes nouvelles de mobilisation, en particulier par l'utilisation d'internet afin de signer des pétitions, exprimer leurs opinions, partager des commentaires sur des sujets d'actualité qui les mobilisent (l'environnement, les guerres, les injustices...)

Pour en savoir plus sur le "baromètre sur la jeunesse"


Tout ceci a de quoi nous rassurer sur le renforcement du lien social, l'humanisation de l'économie et le réveil d'un élan démocratique.


Souhaitons que cette nouvelle année nous réserve de bonnes surprises !

06 décembre 2016

Votez utile, votez jeune bénévole !

Nous sommes très sollicités, ces temps-ci : primaire à droite, primaire à gauche, pétitions, appels.... des candidats qui s'engagent sur une société idéale et nous annoncent des jours meilleurs, chacun avec sa recette miracle....

Et pendant ce temps-là, à leur niveau, des hommes et des femmes tentent de réparer des injustices, de défendre des causes, de permettre aux plus démunis  de s'ouvrir aux savoirs de base et à la culture, d'offrir un peu de chaleur, de pallier les difficultés d'accès aux droits, etc...

Nous avons parlé des seniors la semaine dernière. Aujourd'hui, place aux jeunes !
Ils sont de plus en plus nombreux à se mobiliser dans l'action bénévole, au sein des associations ou de manière informelle,  ils sont aussi de plus en plus en plus nombreux, également, à être attirés par l'économie sociale et solidaire et y trouver un débouché professionnel. Préfigurent-ils la société de demain en replaçant l'humain au centre des préoccupations sociétales ? Pour cela, ils méritent un "coup de pouce".

Depuis 2011, chaque année, l'association "Tous bénévoles" (anciennement Espace bénévolat) organise un prix récompensant des témoignages de jeunes bénévoles de 12 à 25 ans.

Les 5 gagnants sont désignés par un jury parmi les 10 témoignages sélectionnés par le vote des internautes.
Cette année, le choix sera difficile encore, tant les témoignages sont passionnés
et donnent envie d'agir !

Alors....votez utile ! il ne s'agit pas de paroles en  l'air ni de promesses !

Pour voter (un vote par jour, pas plus, jusqu'au 19 décembre)

http://www.prixjeunebenevole.org/  , onglet "voter pour un témoignage"




30 novembre 2016

Seniors bénévoles, une espèce en voie de disparition ?

Le titre est provocateur, certes, il veut simplement tirer la sonnette d'alarme sur une tendance qui semble émerger concernant le bénévolat des seniors.

Recherches et Solidarités a publié il y a quelques mois son enquête sur le bénévolat 2016 à laquelle on peut se reporter. Les chiffres et statistiques sont extrêmement détaillés et les interventions d'experts intéressantes. On y trouvera toutes les informations relatives au bénévolat qu'il est donc inutile de reprendre ici.
En revanche, le long chapitre consacré au bénévolat des seniors mérite que l'on s'y arrête et appelle des commentaires.

Le constat
En effet, le bénévolat des seniors qui donnent du temps pour les autres en dehors du cadre familial est passé de 51% en 2010 à 49% en 2013 et 44% en 2016.
Dans les associations, la tendance est la même : 38% des français de plus de 65 ans étaient engagés dans une association en 2010, 37% en 2013 et 35% le sont en 2016.
Alors que les seniors vivent une seconde vie après la vie professionnelle et qu'ils ne demandent, pour la plupart, qu'à poursuivre une activité, pourquoi ce recul par rapport à l'engagement bénévole  prometteur au début des années 2000 ? Les raisons semblent multiples et devraient interpeller les associations.

Une multiplicité de facteurs : les points particulièrement marquants
Les experts soulignent de fréquentes recompositions de vie, de nouveaux projets de vie (divorces, veuvages...), ce qui est propre à la génération actuelle des plus de 60 ans, sollicités par ailleurs, par un marché spécifique dont ils sont la cible (voyages, loisirs, universités inter-âges....)
Les baby-boomers sont davantage sollicités par leurs enfants pour pallier la pénurie des structures d'accueil des tout petits, mais également pour vivre pleinement le "statut" de grand-parent et le plaisir qui y est attaché.
En ce qui concerne les motivations, elles sont en retrait en 2016 par comparaison à 2010, par rapport aux autres catégories de bénévoles, notamment en ce qui concerne la défense d'une cause, l'épanouissement personnel, la reconnaissance de leur action ou le désir de changer un peu les choses. En revanche, le désir d'appartenir à une équipe est plus fort chez les seniors qui ressentent, par ailleurs, la perte du sentiment d'utilité sociale et du sens de leur action. Sorte de lassitude ? On note aussi un peu moins de régularité dans l'engagement, une sorte de retrait par rapport à l'engagement citoyen. Les seniors ne sont que 50% à estimer qu'ils sont bien dans leur association (contre 68% pour les autres), ce que l'on peut déduire de leur abstention relativement importante à répondre à cette question,
Ils déclarent donner moins de temps à leur association, avoir moins de responsabilités et de missions intéressantes, se sentir moins motivés pour agir dans le contexte de crise (découragement ?)
"Ballotés" entre une présence près de leurs proches, des loisirs et des voyages et un engagement bénévole, le rapport de Recherches et Solidarités pointe de possibles "tensions entre le pôle des valeurs altruistes et le pôle des valeurs individualistes"...et donc un peu moins de bien-être au sein des associations.

Des points de satisfaction qui évoluent 
Les seniors interrogés ne remettent pas en cause leur engagement, mais ils préfèrent plus que jamais vivre au présent et recherchent davantage le plaisir dans l'action (plaisir d'être efficace et utile, plaisir accru de la convivialité et des échanges avec les autres....) et affirment plus volontiers aujourd'hui un engagement "pour se faire plaisir", à part égale avec un engagement exclusivement altruiste.
Alors que les seniors bénévoles étaient recherchés pour leur engagement sur le long terme, ils changent aujourd'hui plus souvent d'associations pour "découvrir" d'autres  univers.
Ils sont globalement plus attentifs à la gestion de leur temps et soucieux de trouver un équilibre entre leurs activités dans une association, leurs activités envers leurs proches et leurs activités personnelles.


Des attentes liées au plaisir dans l'action et à une gestion du temps équilibrée :

Des actions bénévoles plus ponctuelles ou modulables en terme d'emploi du temps (travailler "en temps non contraint", à distance (e-bénévolat)), plaisir de transmettre un savoir faire à un nouveau bénévole ou à un jeune en service civique, plaisir de partager des moments de convivialité au sein d'une équipe, etc...

Du côté des associations
On sait l'importance donnée par les associations au bénévolat des seniors : des niveaux de formation généralement élevés, des jeunes retraités fraichement sortis du monde du travail et encore empreints d'énergie et de dynamisme, des compétences au service des associations, acquises tout au long d'une vie professionnelle, des expériences professionnelles, mais aussi des expériences de vie, une disponibilité et un engagement sur du moyen et long terme, des occasions de favoriser un lien et une transmission intergénérationnels, etc..., autant d'avantages soulignés et mis en exergue à l'occasion de l'année européenne du vieillissement actif en 2012.

Il appartient alors aux associations d'imaginer les moyens qui permettront de remobiliser les seniors en leur proposant des réponses adaptées à leurs préoccupations et à concilier l'intérêt des associations et le bien-être des bénévoles :
  • valoriser les notions de savoir-faire, d'équipe et de convivialité
  • adapter les plannings de travail chaque fois que possible
  • développer le bénévolat "à distance" (e-bénévolat) grâce aux outils numériques que les seniors maîtrisent aussi bien que les plus jeunes
  • développer le tutorat de jeunes bénévoles
  • développer des activités bénévoles en binôme pour faciliter l'engagement des seniors en leur permettant une gestion optimale de leur emploi du temps
  • intervenir auprès de consultants spécialisés (c'est déjà souvent le cas) à l'occasion des stages de préparation à la retraite programmés par les entreprises
Mais ne convient-il pas également que les associations s'interrogent sur leurs pratiques managériales ? Aucune question en ce sens ne semble avoir été posée à l'occasion de cette  enquête..

Et enfin, deux points de vue sur la baisse de motivation des seniors
"Les personnes de plus de 65 ans sont nettement moins nombreuses que celles de moins de 35 ans, à se dire satisfaites pour la reconnaissance de leur action ou l’épanouissement personnel que leur procure le bénévolat. Elles peuvent effet parfois se trouver « en décalage » par rapport aux générations plus jeunes qui ont davantage besoin d’avoir un objectif et un résultat au bout de leur action, quitte à sacrifier des moments de reconnaissance et de convivialité. Les associations, dans lesquelles le temps est souvent compté au profit de l’action, devraient entendre cette frustration pour entretenir la motivation des bénévoles de plus de 65 ans".
Isabelle Persoz, vice-présidente du réseau Tous bénévoles

"Il semble que c'est là le reflet de la place accordée aux personnes vieillissantes et âgées ordinaires dans notre société. Dès qu'elles ne font plus jeunes, elles ne peuvent que souffrir du manque de considération accordée à la vieillesse, puisque notre angoisse collective est celle du vieillissement"

Pascal Dreyer, auteur de l’ouvrage « Etre bénévole aujourd’hui »


12 novembre 2016

Agir hors du cadre d'une association "classique" : quels enseignements en tirer ?

C’est un phénomène qu’il faut prendre en compte, l’engagement dans le cadre de groupements informels (coordinations éphémères, collectifs, groupements locaux de jeunes…) se développe. Vient-il bousculer le paysage associatif ?

Qu’en est-il exactement ?
Ces dernières années, l’explosion de collectifs de jeunes comme Génération précaire ou Jeudi noir est venue remettre en cause les modes de militantismes traditionnels à travers la mise en place d’organisations informelles, plus basées sur la camaraderie que sur des structures constituées et utilisant des modes d’intervention dans l’espace public spectaculaires et très médiatiques. 
Le succès de ces actions a interpellé les associations « traditionnelles » dont certaines ont dû réviser leurs pratiques afin de ne pas prendre un grave « coup de vieux » face à ces jeunes collectifs qui pouvaient, dans certains cas, mobiliser bien plus efficacement sur leurs causes.

Jacques ION, sociologue (1),  voit dans la montée de l’individualisme tant décriée, une source d’engagement sous des formes très diversifiées, qu’il faut appréhender autrement que selon les modèles d’organisation et de représentation traditionnels. Alors… « Vive l’individu autonome et affranchi ! » Et, « plus l’individuation s’approfondit (autonomisation), plus le souci du collectif devient impérieux. Le souci de soi  n’est pas contradictoire avec aller vers autrui. »

Collectifs et coordinations plutôt qu'associations traditionnelles ?
A l’appui du constat d’une attirance mitigée, chez bon nombre de jeunes, pour des organisations trop structurées, Cécile Coumau, coauteure de l’ouvrage collectif «  Bénévoles et vous ? »(2) relate comment Léa, une jeune bénévole de 25 ans militante à Génération précaire, un groupement se battant contre
l’exploitation des stagiaires, a fait le choix d’actions qui aillent vite. Elle s’est ainsi tournée vers ce collectif car en trois ou quatre jours dit-elle, on montait une opération. Selon la journaliste, ces structures relèvent plus de la « bande d’amis » que de l’association et leur aspect quelque peu déstructuré attire ces jeunes en quête de réinvention du bénévolat et moins « formatés » que les adultes.

Une nouvelle manière de militer « en s’amusant » et en utilisant des 
modes de mobilisation spectaculaires 
Même si, comme le dit C. Coumau, les causes défendues par ces collectifs ne prêtent pas vraiment à rire : les loyers excessifs pour Jeudi noir, les prix trop élevés de la grande distribution pour L’Appel et la Pioche, les salaires trop élevés des riches pour Sauvons les riches, La France qui se lève tôt en réaction à la campagne de Nicolas Sarkozy, ces jeunes ont choisi de « revendiquer en s’amusant ». Ainsi, Jeudi noir « déclenche des fêtes éclairs avec déguisement, musique et cotillons lors de la visite d’une appartement », Génération précaire submerge les entreprises de candidatures de stagiaires fictifs…

Ces groupements font appel à une sociabilité à base de fêtes, festivals et rencontres informelles très majoritairement animés par des jeunes. Ainsi les sit-in, marches et ateliers d’expression pour les « Indignés ».

Et force est de constater que ces organisations savent remarquablement occuper l’espace public grâce à des modes de mobilisations novateurs et à fort impact médiatique. Les nouvelles technologies de la communication permettent en effet de leur donner une audience inégalée, sans rapport avec le nombre de manifestants qu’elles peuvent mobiliser en comparaison avec les organisations traditionnelles et leurs grands défilés classiques de rue, considérées comme quelque peu désuets. Un exemple en est la flashmob, entendez « manifestation éclair » qui consiste à réunir le maximum de personnes dans un espace public « pour y accomplir des actions convenues d’avance et se disperser rapidement » nous décrit Coumau. Des actions qui relèvent plus du « street art » que de la manifestation en faisant par exemple appel à des danseurs étoiles de l’Opéra…


Et ces actions, même s’il y a des prédécesseurs comme Greenpeace ou Act Up, ont un impact politique si l’on veut bien considérer que des personnalités politiques se montrent aux côtés de Génération précaire qui est maintenant un interlocuteur à part entière et qui, malgré sa faible structuration, n’a pas du tout connu une existence éphémère et compte toujours pleinement, des années après sa création. 

Le militantisme traditionnel, interpellé sur ses pratiques
L'article d'Ariane Dollfus, également coauteure du livre "Bénévoles et vous ?", qui relate comment l'irruption du collectif Don Quichotte est venue secouer le milieu associatif "traditionnel" de laide aux mal-logés, montre bien comment ces nouvelles pratiques peuvent amener les acteurs traditionnels à renouveler leurs méthodes. En ayant choisi comme action spectaculaire, en décembre 2006,de planter une centaine de tentes rouges en bordure du canal Saint-Martin à Paris, ce collectif a provoqué un retentissement médiatique tel qu'il s'est imposé dans le paysage du militantisme contre le mal-logement.

De ce fait dit-elle, les acteurs traditionnels ont été amenés à se « réveiller » par exemple en se fédérant alors que jusqu’ici ils fonctionnaient de manière très cloisonnée, et changer leurs pratiques à l’égard des SDF dont beaucoup étaient très critiques envers ces associations caritatives classiques, se plaignant en effet d’être assistés sans vraiment avoir leur mot à dire alors que les nouveaux acteurs privilégiaient l’écoute et la prise en compte de leurs points de vue pour définir les prestations les concernant.

Le collectif Jeudi noir a également été un aiguillon pour pousser les associations classiques à renouveler leur discours. Créé par des étudiants mal logés en 2006, ce collectif, constitué uniquement de jeunes dans ce cas a pratiqué le squat « dans un souci d’efficacité médiatique » mais sur un ton beaucoup plus percutant que celui des grands acteurs traditionnels avec cinquante ans d’existence dont il reprochait le ton misérabiliste. Et ces collectifs ont parfois influencé les grandes associations si l’on prend l’exemple de la création au sein d’Emmaüs France de la branche « Emmaüs Défi » qui a proposé une approche plus adaptée aux publics en grande difficulté.

«Ces collectifs sauvages ne seraient-ils pas en train d’écrire une nouvelle page de l’histoire du bénévolat ? » se demande Cécile Coumau. Il n’est pas du tout certain que les nouvelles formes d’engagement soient exclusives des anciennes car, dans certains secteurs les structures traditionnelles coexistent avec ces jeunes collectifs ou adoptent des  pratiques innovées par les collectifs et mouvements « informels » Et si l’on considère le cas de la jeune Léa, après avoir fait ses premières armes de bénévole à Génération précaire, elle a choisi de rejoindre Amnesty international. Une trajectoire intéressante entre deux formes de militantisme relativement différentes mais complémentaires en somme ?

Et les associations "traditionnelles" ?
On aurait pu craindre, d’une part,  une désaffection des jeunes pour les associations et d’autre part, des associations de plus en plus composées de seniors. Il n’en est rien. La dernière étude réalisée par Recherches et Solidarités sur le bénévolat en 2016, montre que le nombre de jeunes engagés dans une association, augmente, mais que par contre, l’engagement des seniors diminue, ce qui inquiète le monde associatif.

Ne peut-on dire enfin que ces nouvelles formes d’action relèvent davantage du champ politique, que purement associatif, qu’elles sont davantage la traduction d’un refus de s’engager au sein d’un parti politique, un refus du discours politique politicien tout simplement. Le mouvement « Nuit debout » en est, semble-t-il, la traduction.


Information de dernière minute : un nouveau "collectif" féministe vient de se constituer, imitant en cela les féministes islandaises. Lundi 7 novembre, il invitait les femmes à cesser le travail à partir de  16h34, heure au-delà de laquelle, en  moyenne, les femmes travaillent bénévolement par rapport à leurs collègues masculins qui gagnent en moyenne 15% de plus qu'elles ! Une forme originale pour frapper les esprits sur un problème récurrent.


Sources :
(1)Jacques ION : "S'engager dans une société d'individus" (Armand Colin, 2012)
(2)"Bénévoles et vous", ouvrage collectif dirigé par Anne Dhoquois et préfacé par Stéphane Hessel (Editions Autrement, 2011)


                                                          Bernard Grozelier, Louise Forestier

25 octobre 2016

"Comme Obelix tombé dans la potion magique, je suis tombé dans le bénévolat". Parole de bénévole.

Alain est un jeune bénévole approchant la cinquantaine. « De même qu’Obelix est tombé dans la potion magique, je suis tombé dans le bénévolat », dit-il, et bien volontiers, il accepte de raconter son parcours et de témoigner de ce que lui a apporté le bénévolat. Il utilise parfois des expressions fortes et pleines de sens.
Alain s’ennuyait depuis de nombreuses années dans son milieu professionnel essentiellement composé de chercheurs et d’étudiants qu’il aide à constituer une documentation, trouver l’article utile à leur recherche ou l’ouvrage introuvable, conseiller et orienter vers d’autres bases documentaires, etc…

Il décrit son environnement professionnel comme triste et « poussiéreux », extrêmement conservateur et assez fermé, même s’il y trouve un certain plaisir intellectuel. Il cherchait à se « désenclaver », dit-il, c’est-à-dire, si l’on se réfère à cette notion souvent employée en matière de politique territoriale, avoir accès et pouvoir emprunter des voies menant vers d’autres espaces, d’autres mondes, des horizons plus larges que le travail salarié…..d’autres libertés ?
ll désirait (re) trouver « la vraie vie » dans un milieu plus vivant où son action aurait une réelle utilité sociale.

Emprunter d’autres voies ?….l’une d’elles l’a conduit vers le bénévolat.
C’est ainsi qu’en 2013, il est devenu accompagnant à la scolarité bénévole dans un centre social parisien.
Pendant trois ans il a connu le plaisir de transmettre, la satisfaction de voir progresser des enfants, le sentiment d’être vraiment utile.
Après cette première expérience, il a dû abandonner le bénévolat pour des raisons personnelles, et, dit-il, « je me suis senti racornir ». Le virus l’avait atteint, un virus difficile à éradiquer…

Il a donc repris une activité bénévole et enseigne le FLE dans un autre centre social où il a retrouvé le même plaisir de transmettre à des personnes volontaires et se réjouir avec elles des progrès réalisés et de la voie ainsi ouverte vers une intégration. Ce qui lui donne l’impression d’être un acteur de la société, un citoyen.
Pour Alain, le bénévolat a été incontestablement un facteur de développement personnel, il s’en explique :

-   Une expérience humaine par l‘ouverture sur le monde extérieur, le travail en équipe, la rencontre d’autres cultures, la chaleur des contacts, leur authenticité.

-   L’acquisition (ou la révélation) de compétences qu’il ne soupçonnait pas (animation de groupes,  pédagogie, organisation) et/ou qu’il n’avait jamais pu (ou assez peu) exprimer dans un cadre professionnel.

-   Les conditions d’exécution des missions,  le cadre à respecter, les objectifs à atteindre et les diverses consignes ne sont pas vécus comme des contraintes.

-   Le bénévolat étant un acte gratuit, cela n’explique-t-il pas que les relations humaines soient différentes, plus désintéressées, plus naturelles, plus libres et authentiques que dans le monde professionnel ?

…. Et comme Obélix dont l'identité est liée à la potion magique, Alain ne peut plus envisager le reste de sa vie sans une activité bénévole.


17 octobre 2016

Bénévolat, quelques infos de rentrée....

ON EN PARLE...

Projet de loi Egalité - Citoyenneté : Le projet de loi adopté en première lecture par l'Assemblée Nationale vient d'être adopté par le Sénat après avoir subi un nombre important de modifications.
C'est ainsi que le projet voté par le Sénat supprime le "congé engagement" qui prévoyait un congé de six jours pour les responsables d'associations afin de leur permettre de remplir leurs missions. Il supprime également la possibilité d'expérimenter un service civique obligatoire.
Le vote définitif de la loi doit intervenir avant la fin de l'année.

RSA contre bénévolat : Le tribunal administratif de Strasbourg vient d'annuler la délibération du conseil départemental du Haut-Rhin qui avait soumis l'octroi du RSA à l'exécution de 7 heures de bénévolat par semaine.
On peut se reporter, à ce sujet, à un (court !) article du Monde du Droit qui expose très clairement la problématique.
....Mais on n'a pas fini de reparler de ce sujet qui fait polémique...

Un trimestre de retraite pour les bénévoles actifs ?
Une proposition de loi en ce sens a été déposée l'été dernier par le député Julien Dive. Cette mesure serait destinée aux bénévoles qui ont exercé une responsabilité ou auraient été reconnus comme actifs durant cinq année consécutives. A suivre...cette proposition n'est pas nouvelle...elle finira bien un jour par aboutir, sachant que l'esprit du bénévolat doit demeurer ce qu'il est : un acte gratuit !

6 octobre 2016, 7è édition de la Journée Nationale des Aidants
Les "aidants",ce sont les personnes (famille, proches..) qui assistent une personne de leur entourage en perte d'autonomie. Ils sont 8,3 millions, 47% sont des actifs. On connaît assez peu leur action, leur quotidien, le soutien et l'aide dont ils bénéficient, l'implication des entreprises, leur reconnaissance au niveau européen, etc...Pour en savoir plus

Enfin, bonne nouvelle...
Une étude publiée par le Journal of the American Geriatrics Society montre que donner gratuitement de son  temps est bénéfique pour la mémoire des seniors, ainsi que leur bien-être physique et moral.
Ces bienfaits sont confirmés par des chercheurs de l'Université de l'Etat de l' Arizona qui ont "suivi" 13.200 personnes de plus de 60 ans entre 1998 et 2012, en les interrogeant tous les deux ans sur leur activité bénévole (la moitié n'en avait pas) et en leur faisant passer des tests cognitifs.
Les résultats de cette étude (une de plus !) sont encourageants si l'on décide de lui conférer une valeur scientifique infaillible !
  • les seniors qui se sont investis au mois une fois pendant la période d'étude présentent un déclin cognitif moins important que ceux qui ne se sont pas investis
  • les seniors les plus engagés voient leur risque de développer des troubles cognitifs diminuer de 27%
.....et les chercheurs américains sont tellement convaincus qu'ils suggèrent que le bénévolat soit prescrit par les gériatres !

Pour mémoire, la France compte 16 millions de retraités. Parmi les 13 millions de bénévoles associatifs, 3,7 millions ont plus de 65 ans.